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Enderlin / Karsenty — où sont les témoins?

Friday, June 27th, 2008

Voici le huitième et dernier billet d’une série (1-2-3-4-5-6-7) consacrée à expliciter l’arrêt, prononcé le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué (voir les termes précis ici) le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait pris pour cible et tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Cet arrêt permet notamment d’établir (voir les premiers billets)…

  1. que le journaliste qui a signé le reportage, Charles Enderlin, n’était pas sur les lieux;
  2. que le reportage ne repose que sur le matériel et le témoignage d’un caméraman palestinien travaillant de manière autonome et seul, parmi plusieurs caméramans professionnels sur les lieux, à avoir filmé la fusillade en question;
  3. que les Palestiniens présents consacraient beaucoup de temps et d’efforts à mimer des scènes de guerre, que les caméramans filmaient d’ailleurs volontiers;
  4. qu’il n’existe pas, contrairement aux affirmations publiques répétées de Charles Enderlin, d’images de l’agonie de l’enfant;
  5. que les balles censées avoir tué l’enfant et blessé son père ont été recueillies par le caméraman de France 2, mais ne sont jamais réapparues;
  6. qu’il n’y a aucune trace de sang sur le site qui puisse correspondre de près ou de loin à la description des blessures de l’enfant;
  7. que les blessures du père de l’enfant pourraient fort bien provenir de coups de hache qu’il avait subis six ans auparavant et qui avaient été soignés dans un hôpital israélien.

Ce billet examine les témoignages en faveur de la thèse de l’infanticide. Il faut préciser que le lien entre ceux-ci et l’arrêt de la Cour d’appel n’est pas établi: l’arrêt ne les mentionne pas expressément et rien n’indique que la Cour les a examinés en détail. Tout ce que nous savons est que la Cour n’a pas pu «[tenir] pour parfaitement crédibles» les éléments de contre-preuve censés démontrer que la version des faits du caméraman de France 2 était authentique.

Voici donc les témoignages connus et les raisons les plus évidentes pour lesquelles ils peuvent «[ne pas être tenus] pour parfaitement crédibles»:

Talal Abu Ramah, le caméraman
Il est en fait LA source du récit et son témoignage a été explicité dans les billets précédents. Pourquoi ne pas lui faire confiance? La majorité des images filmées ce jour-là par Ramah consistait en mises en scène manifestes; bien qu’Enderlin l’ait affirmé publiquement, il n’a pas livré d’images d’agonie; il n’a pas d’images de sang non plus, ni d’impacts de balles (onze selon les médecins palestiniens); bien qu’il ait affirmé que la fusillade a duré quelque 40 minutes, dont 15 à 20 de tirs exclusivement dirigés sur l’enfant et son père, il n’a présenté qu’une minute de tournage de ces scènes; il n’a pas filmé l’enfant mort et le père blessé attendant l’ambulance, bien qu’il prétende que cette attente ait duré une vingtaine de minutes; il n’a pas filmé le départ en ambulance non plus; il prétend avoir récupéré les balles dans le mur mais celles-ci ne sont pas réapparues; aucun des autres caméramans professionnels présents ce jour-là sur les lieux n’a filmé ni la fusillade en question, ni l’enfant et son père, ni le sang, ni le départ en ambulance, ni l’arrivée supposée à l’hôpital de Gaza.

Les gens présents sur les lieux
Le sort de l’enfant et de son père doit avoir été vu par des dizaines de personnes, comme l’indiquent les films tournés ce jour-là. Il y avait sur place beaucoup de jeunes gens, des équipes de tireurs, diverses ambulances et plusieurs caméramans de presse. Mais ces gens, visiblement, créaient des mises en scène et y assistaient. Ils n’auraient sans doute pas mis en scène l’exécution de l’enfant et de son père telle que la raconte Ramah, mais pour ce que les images montrent effectivement, leur «talent» suffisait largement:

Le chauffeur d’ambulance
Il déclare en substance avoir trouvé l’enfant, couché sur le ventre, avec une blessure à l’abdomen par laquelle s’échappaient ses intestins:

Mais si l’enfant avait saigné plusieurs minutes avec une telle blessure, combien de sang aurait-on trouvé sur place? Voir Enderlin / Karsenty — où est le sang?

Le personnel médical de l’hôpital de Shifa, à Gaza 
Ses membres ont soigné le père et ont remis des photographies d’un enfant mort portant une longue blessure au ventre:

Pourquoi un hôpital palestinien? Les ambulanciers pouvaient emmener Jamal en Israël et lui procurer ainsi des soins de meilleure qualité, gratuits, comme cela avait d’ailleurs été fait quelques années auparavant. Pourquoi n’a-t-on pas d’images de l’arrivée à l’hôpital de l’enfant et son père, après un tel événement?

Le personnel de l’hôpital militaire d’Amman
L’ambassadeur jordanien en Israël a ensuite emmené le père à Amman pour s’y faire soigner. Il est ensuite réapparu pour montrer des blessures entièrement cicatrisées (voir Enderlin / Karsenty — où sont les blessures?). Pourquoi n’a-t-on pas d’images des blessures, de la convalescence?

Le général (de police) palestinien
A dirigé l’enquête sur la mort de l’enfant du côté palestinien:

Mais n’a effectué aucune investigation sur les lieux et n’a notamment pas cherché à récupérer les balles.

La famille Al Dura et les proches
Ont confirmé que le père avait été blessé ce jour-là. Mais ils y avaient un intérêt certain — ils étaient les héros des Territoires palestiniens et même du monde musulman, et l’enfant était un shahid, la source du plus grand honneur possible. La pression devait être insoutenable. Tout le monde, enfin tous les gens importants, dans leur milieu, voulait que l’histoire soit vraie: la mort de Mohamed Al Dura a dès lors soutenu une impressionnante campagne de recherche ciblée de martyrs parmi les jeunes et même les enfants, avec l’appui des médias, des écoles, des structures culturelles et des élus politiques palestiniens:

La population et les élus palestiniens en général
On n’a pas constaté de dénégation de la thèse «officielle» ou d’accusations de supercherie au sein de la société civile et de la classe politique palestinienne, au contraire. Mais cela n’est pas en soi convaincant. En effet, en janvier dernier, le Parlement palestinien entier ainsi que des foules importantes ont participé à des mises en scène manifestes dans le but évident de manipuler l’opinion occidentale, avec un succès certain:


Le 24 janvier, TIME présentait l’image ci-dessus en disant à ses lecteurs que le parlement palestinien était forcé de se réunir à la lueur de bougies à cause d’Israël, qui aurait laissé la bande de Gaza sans électricité. Mais en fait, d’une part la bande de Gaza avait largement assez d’électricité (fournie essentiellement par Israël) pour éclairer ses parlementaires et d’autre part la photo en question a été mise en scène tout exprès pour la presse, en plein jour. Le TIME mentait donc ici à deux reprises à ses lecteurs.


Des foules ont été réunies dans la rue, de nuit, pour faire semblant d’avoir à utiliser des bougies en guise d’éclairage, alor que l’éclairage public et les vitrines des magasins fonctionnaient normalement (cliquer sur l’image pour voir d’autres exemples ou ici pour davantage d’explications).

En outre, beaucoup de Palestiniens ne craignent pas les récits macabres:

 

De sorte que pour juger des faits dans un tel contexte, il faut absolument se baser sur des éléments de preuve concrets. Et ceux-ci, comme cela ressort aisément d’une lecture attentive de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, indiquent clairement que l’icône de l’intifada est très vraisemblablement une supercherie et que celle-ci n’aurait pas pu s’imposer sans de graves négligences des représentants des médias. Des représentants qui n’ont pas encore vraiment lu cet arrêt, semble-t-il.

Billets précédents:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?
5 Enderlin / Karsenty — où sont les balles?
6 Enderlin / Karsenty — où est le sang?
7 Enderlin / Karsenty — où sont les blessures?

Enderlin / Karsenty — où sont les blessures?

Friday, June 27th, 2008

Voici le septième billet d’une série (1-2-3-4-5-6-8) consacrée à expliciter l’arrêt, prononcé le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué (voir les termes précis ici) le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait pris pour cible et tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Cet arrêt permet notamment d’établir (voir les premiers billets)…

  1. que le journaliste qui a signé le reportage, Charles Enderlin, n’était pas sur les lieux;
  2. que le reportage ne repose que sur le matériel et le témoignage d’un caméraman palestinien travaillant de manière autonome et seul, parmi plusieurs caméramans professionnels sur les lieux, à avoir filmé la fusillade en question;
  3. que les Palestiniens présents consacraient beaucoup de temps et d’efforts à mimer des scènes de guerre, que les caméramans filmaient d’ailleurs volontiers;
  4. qu’il n’existe pas, contrairement aux affirmations publiques répétées de Charles Enderlin, d’images de l’agonie de l’enfant;
  5. que les balles censées avoir tué l’enfant et blessé son père ont été recueillies par le caméraman de France 2, mais ne sont jamais réapparues;
  6. qu’il n’y a aucune trace de sang sur le site qui puisse correspondre de près ou de loin à la description des blessures de l’enfant.

Ce billet se penche sur la question des blessures du père. Il n’a été filmé à l’hôpital qu’avec des pansements les jours suivants l’événement et il n’a montré ses blessures que beaucoup plus tard, sous forme de cicatrices. Voici les principales:

Il est certain que l’homme a subi des blessures sérieuses. Mais était-ce ce jour-là et était-ce par balles? Aucune commission d’enquête médicale indépendante ne l’a (encore) examiné pour tenter de trancher ces questions, mais un chirurgien israélien, le Dr Yehuda David, du Centre médical Chaim Sheba (Hôpital Tel HaShomer), se souvient d’avoir pratiqué une intervention complexe pour sauver son bras droit de la paralysie, en 1994, après que Jamal Al Dura ait été transporté dans son hôpital avec des blessures provenant vraisemblement de coups de hache:

YouTube Preview Image

Principal témoignage du médecin (à partir de 0:50), portant sur le bras de Jamal Al Dura:
- Ceci est une cicatrice typique d’un transfert de tendons. Il n’y a pas matière à tergiverser ici, aucun malentendu n’est possible. Cette cicatrice ne peut pas provenir d’un projectile d’arme à feu – si longue, si mince, si nette.

La Cour d’appel n’a pas été convaincue. Le prochain billet traitera des témoins.

Billets précédents:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?
5 Enderlin / Karsenty — où sont les balles?
6 Enderlin / Karsenty — où est le sang?
8 Enderlin / Karsenty — où sont les témoins?

Enderlin / Karsenty — où sont les balles?

Friday, June 27th, 2008

Voici le cinquième volet d’une série (1-2-3-4-6-7-8) consacrée à expliciter l’arrêt (et non le jugement, comme je l’appelais à tort jusqu’à présent, toutes mes excuses), prononcé le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Ce cinquième billet et les suivants se concentrent sur les éléments permettant, ou pas, de prouver que l’infanticide décrit par France 2 a bien eu lieu. En effet, comme nous l’avons vu dans les quatre premiers billets, l’arrêt de la Cour d’appel permet d’établir:

  1. que le journaliste qui a signé le reportage, Charles Enderlin, n’était pas sur les lieux;
  2. que le reportage ne repose que sur le matériel et le témoignage d’un caméraman palestinien travaillant de manière autonome et seul, parmi plusieurs caméramans professionnels sur les lieux, à avoir filmé la fusillade en question;
  3. que les Palestiniens présents consacraient beaucoup de temps et d’efforts à mimer des scènes de guerre, que les caméramans filmaient d’ailleurs volontiers;
  4. qu’il n’existe pas, contrairement aux affirmations publiques répétées de Charles Enderlin, d’images de l’agonie de l’enfant.

Il reste donc à examiner la partie du récit pouvant être démontrée d’une autre manière. Au sujet de l’ensemble de ces éléments de preuve, la Cour d’appel de Paris dit ceci (page 11 de l’arrêt):

Considérant que, si aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du Général SAMYA (contre-offre de preuve n° 12), ni «l’imprudente affirmation» de Charles ENDERLIN déjà relevée n’a paru aux premiers juges, à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talai ABU RAMAH communiquées par FRANCE 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats, les attestations produites par les soins du cameraman (offre de contre-preuve, n° 5 à 10) ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles;

D’où nous pouvons déduire que la version du caméraman (reprise par Charles Enderlin, puis par France 2) n’a pas pu être rendue crédible devant un tribunal. Comment est-ce possible? Un enfant est pris pour cible, longuement, et abattu, à l’arme de guerre, devant des dizaines de personnes, dont un caméraman de télévision qui filme la scène et il n’est pas possible de le prouver valablement à un tribunal?

Où sont les balles qui ont tué l’enfant et blessé son père?
Où est le sang qui a dû gicler lors des impacts, puis suinter des blessures?
Où sont les cicatrices du père?
Où sont les témoins?

Voici aujourd’hui pour les balles: elles ont été recueillies par le caméraman et ne sont jamais réapparues:

 

– Nous avons des preuves. Le type des balles. J’ai filmé cela. Le type de balles. Nous avons récupéré les balles dans le mur. France 2 a récupéré les balles… (sourire).
– Je vois que vous avez fait une enquête plus approfondie que la police…
– Non, non, non… Nous… avons des secrets dans notre… vous savez… pour… notre sécurité. Nous ne pouvons pas… tout donner.

La Cour d’appel n’a pas été convaincue. Le prochain billet traitera des blessures mortelles de l’enfant.

Billets précédents:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?
6 Enderlin / Karsenty — où est le sang?
7 Enderlin / Karsenty — où sont les blessures?
8 Enderlin / Karsenty — où sont les témoins?

Enderlin / Karsenty — où est le sang?

Friday, June 27th, 2008

Voici le sixième billet d’une série (1-2-3-4-5-7-8) consacrée à expliciter l’arrêt, prononcé le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué (voir les termes précis ici) le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait pris pour cible et tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Cet arrêt permet notamment d’établir (voir les premiers billets)…

  1. que le journaliste qui a signé le reportage, Charles Enderlin, n’était pas sur les lieux;
  2. que le reportage ne repose que sur le matériel et le témoignage d’un caméraman palestinien travaillant de manière autonome et seul, parmi plusieurs caméramans professionnels sur les lieux, à avoir filmé la fusillade en question;
  3. que les Palestiniens présents consacraient beaucoup de temps et d’efforts à mimer des scènes de guerre, que les caméramans filmaient d’ailleurs volontiers;
  4. qu’il n’existe pas, contrairement aux affirmations publiques répétées de Charles Enderlin, d’images de l’agonie de l’enfant;
  5. que les balles censées avoir tué l’enfant et blessé son père ont été recueillies par le caméraman de France 2, mais ne sont jamais réapparues.

Ce billet examine les traces de la fusillade sur les lieux et cherche à établir si elles corroborent le récit. Selon l’auteur du reportage,

– L’enfant a saigné pendant plus de 15 à 20 minutes.
– L’ambulance ne peut pas venir, ou arriver pour le sauver, peut-être 20 minutes après que l’enfant ne soit tombé sur les genoux de son père.

Voici la blessure qui a été présentée par les médecins palestiniens comme étant celle de l’enfant:

Et voici tout le sang (encore vermillon sur la première image) qui a pu être photographié sur place, le lendemain des faits (le jour-même, aucune goutte de sang n’a été photographiée ou filmée):

La Cour d’appel n’a pas été convaincue. Le prochain billet traitera des blessures du père.

Billets précédents:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?
5 Enderlin / Karsenty — où sont les balles?
7 Enderlin / Karsenty — où sont les blessures?
8 Enderlin / Karsenty — où sont les témoins?

Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?

Sunday, June 8th, 2008

Voici le quatrième volet d’une série (1-2-3) consacrée à expliciter le jugement, rendu le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Ce jugement (ici sous forme de document pdf) est exemplaire, car il constitue le premier examen sérieux, par une instance à la fois indépendante et supérieure, de cette accusation d’infanticide massivement diffusée à l’époque par les médias et sans cesse reprise, depuis lors, par les mouvements islamistes et antisionistes.

Ce quatrième billet se concentre sur l’affirmation récurrente, de plusieurs personnes ayant visionné les rushs, selon laquelle les images filmées contiennent manifestement de nombreuses mises en scène. Voici les considérants du tribunal qui évoquent cet aspect (pages 10/11 du jugement):

Que la thèse dite de la MENA, sujet de l’ouvrage de Gérard HUBER sorti en janvier 2003 sous le titre Contre-expertise d’une mise en scène (pièce n°3), qui infère, du fait qu’on voit de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures, le caractère fictif de la mort du jeune Mohamed AL-DURA, (…);

Qu’il résulte, en effet, du témoignage de Luc ROSENZWEIG, ancien rédacteur en chef du MONDE, qu’après avoir rencontré, en mai 2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles ENDERLIN et s’en être ouvert, par la suite, à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, il a visionné avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de FRANCE 2 et a été surpris de ce que, sur les 27 minutes des rushes de TalaI ABU RAHMA, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohamed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens; que le témoin a conclu son propos à l’audience de première instance en déclarant avoir la conviction que «la version de la mise en scène [de la mort de l'enfant] a une probabilité plus grande que la version présentée par FRANCE 2», tout en reconnaissant qu’en tant que journaliste, «les critères ne [lui] permettent pas d’aller plus loin»;

Que ce témoignage est conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel LECOMTE et de Denis JEAMBAR, issues d’un point de vue donné au Figaro du 25 janvier 2005 (pièce n° 16) et d’une interview diffusée le 1″ février 2005 sur l’antenne de RCJ (pièce n° 4) (…);

Qu’ils relèvent également que, «dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène, [...] «jouent» à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires» (…)

Considérant que Richard LANDES, journaliste, professeur à l’université de Boston, entendu en qualité de témoin par les premiers juges, a déclaré que, selon lui, après avoir étudié les rushes de Reuters et le reportage de Charles ENDERLIN, avec lequel il s’est entretenu, la probabilité que la mort de l’enfant présentée par celui-ci serait une mise en scène était «supérieure à 95%»;

Plusieurs témoignages concordants indiquent donc que les scènes de bataille tournées au carrefour de Netzarim ce jour-là seraient en grande partie des mises en scène manifestes et non des combats authentiques. Voici deux films traitant de cet aspect sur la base de séquences filmées par différents caméramans présents sur les lieux:

Le tribunal de première instance n’avait pas jugé les éléments d’enquête illustrés par ces deux vidéos «suffisamment déterminants», à eux seuls, mais la Cour d’appel, après avoir exigé le visionnement des rushs de France 2, la seule chaîne à avoir pris des images de la scène des Al Dura, déclare ce qui suit:

Considérant que, si aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du Général SAMYA (contre-offre de preuve n° 12), ni «l’imprudente affirmation» de Charles ENDERLIN déjà relevée n’a paru aux premiers juges, à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talai ABU RAMAH communiquées par FRANCE 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats (…);

Cette formulation un peu sibylline indique essentiellement que la présentation de France 2 n’a pas permis de se forger une opinion. Ceci bien que France 2 n’ait pas fourni à la Cour les 27 minutes de rushes exigés, mais une sélection de ceux-ci et une nouvelle présentation réalisée tout exprès. De plus, la Cour relève (page 11 du jugement):

Considérant qu’en répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECOMTE, dans le Figaro du 27 janvier 2005, que «l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie», alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel DAYAN, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, dans son attestation (pièce n° 5);

À ce stade, on peut considérer comme établi que les images tournées ce jour-là à Netzarim (et sans doute à de nombreuses autres occasions) sont au moins en partie des mises en scène et que les protagonistes (journalistes, caméramans, acteurs) le savaient pertinemment. On peut admettre aussi qu’il n’existe pas d’images de l’agonie de Mohamed Al Dura, ni de son transport à l’hôpital. Les images de Jamal et Mohamed Al Dura filmées par France 2 sont-elles tout de même authentiques? Quels éléments de preuve sont disponibles? La Cour a aussi abordé ces éléments. À suivre.

Autres billets de la série:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue

Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue

Sunday, June 8th, 2008

Voici le troisième volet d’une série (1-2-4) consacrée à expliciter le jugement, rendu le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait tué, délibérément, un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Ce jugement (ici sous forme de document pdf) est exemplaire, car c’était la première fois qu’un tribunal examinait le fond de l’affaire. Il s’agit en fait du tout premier examen sérieux, par une instance à la fois indépendante et supérieure, de cette accusation d’infanticide massivement diffusée à l’époque par les médias et sans cesse reprise, depuis lors, par les mouvements islamistes et antisionistes.

Ce troisème billet est consacré à une accusation de mensonge qualifié contre Charles Enderlin, largement publiée et que Charles Enderlin, pourtant, n’a pas attaquée en justice. Elle concerne les images de l’agonie de l’enfant, que Charles Enderlin a déclaré avoir coupées au montage pour ménager le public. Voici ce qu’en disent les considérants concernés du tribunal (page 10 du jugement):

Que la thèse dite de la MENA, (…), reprise par Philippe KARSENTY, s’est appuyée sur les réticences persistantes de FRANCE 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, sur l’imprudente affirmation, par Charles ENDERLIN, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant et sur les déclarations faites par plusieurs journalistes ayant visionné les rushes;

Qu’il résulte, en effet, du témoignage de Luc ROSENZWEIG, ancien rédacteur en chef du MONDE, qu’après avoir rencontré, en mai 2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles ENDERLIN et s’en être ouvert, par la suite, à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, il a visionné avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de FRANCE 2 (…)

Que les deux journalistes [...] déclarent sans ambiguité avoir confié à Arlette CHABOT leurs «doutes sérieux», mais être «prêts à écarter les accusations de ROSENSWEIG sur la mise en scène de la mort de l’enfant si le visionnage de l’ensemble des rushes tournés par Talal ABOU RAMA confirme ce que Charles ANDERLIN a déclaré à deux reprises au moins, dont à Télérama: «J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus», puis, au vu des rushes, que «cette fameuse agonie qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage n’existe pas»;

Qu’ils relèvent également (…) que le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles ENDERLIN donne le gamin pour mort [...] rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens (…)

À ce jour, bien que la Cour ait exigé de visionner la totalité des images dont France 2 dispose, la scène de l’agonie de l’enfant n’est pas apparue. Voici les toutes dernières images existantes de l’enfant, les quelques secondes censées, selon le commentaire de Charles Enderlin, avoir été tournées après sa mort:

On peut donc admettre que Charles Enderlin n’avait vraiment que la parole de son caméraman palestinien pour, ce jour-là, accuser les soldats israéliens, sur l’une des principales chaînes de télévision européennes, d’avoir commis un infanticide. Et il semble très probable qu’il a tenté de mentir, ensuite, pour soutenir sa version des événements. Dans le prochain billet, nous allons examiner les éléments du jugement permettant de déterminer si ce caméraman pouvait sembler digne d’une telle confiance.

Autres billets de la série:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?

Enderlin / Karsenty — une déontologie en question

Sunday, June 8th, 2008

Ceci est le deuxième billet d’une série (1-3-4) consacrée à expliciter le jugement, rendu le mois passé par la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris, qui déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty. Philippe Karsenty était attaqué en diffamation par les premiers pour avoir critiqué le reportage de France 2 selon lequel l’armée israélienne aurait tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

Ce jugement est exemplaire, car c’était la première fois qu’un tribunal examinait le fond de l’affaire et exigeait par exemple de France 2 qu’elle produise enfin les séquences qui, selon Enderlin, prouvaient que l’enfant avait bien été tué. Ce jugement (ici sous forme de document pdf) est en fait le tout premier examen sérieux de cette affaire par une instance à la fois indépendante et supérieure.

Ce deuxième billet traite de l’organisation interne des professionnels qui ont réalisé le reportage. Voici le considérant du tribunal (page 9 du jugement):

Considérant qu’il est constant que Charles ENDERLIN n’a pas été témoin des faits qu’il a commentés en voix «off», selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des téléspectateurs; qu’en l’occurrence, FRANCE 2 a indiqué, le 1er octobre 2000, que la mort de l’enfant avait «été filmée par TalaI ABU RAMAH, [son] correspondant à Gaza» et, le 2 octobre, que le cameraman «filmait l’inacceptable», ce qui ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux; que ce fait a conduit Philippe KARSENTY, sans qu’il puisse alors en induire que l’événement commenté était faux, à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le cameraman palestinien («c’est moi qui décide ce qui est important», l’entend-on dire dans une des interviews), et le commentaire de ces images par Charles ENDERLIN; 

Le tribunal établit ici, notamment, que Charles Enderlin, un journaliste de premier plan, jouissant d’une grande réputation, et donc d’une position d’autorité, n’avait pas assisté aux faits qu’il décrivait et que personne, sur la base de ce qui avait été diffusé par France 2, ne pouvait le savoir.

À entendre simplement le reportage, les téléspectateurs devaient ou pour le moins pouvaient supposer que le correspondant de France 2 avait assisté à ce qu’il décrivait. Pour mémoire, voici ce qu’il avait dit (séquence vidéo complète et extrait crucial du texte):

Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne [images de la position israélienne]. Mohamed a 12 ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes. Mais, une nouvelle rafale, Mohamed est mort, et son père gravement blessé.

D’où il ressort que France 2 a déclaré que des soldats israéliens avaient commis un infanticide (pris pour cible et tué un enfant) sur la seule base du témoignage d’un caméraman palestinien. Et ceci sans rien mettre au conditionnel, ni signaler que Charles Enderlin, le correspondant sur place, qui donnait ce commentaire, n’avait pas assisté aux scènes qu’il décrivait pourtant en termes tout à fait affirmatifs.

Est-il usuel, pour les médias qui travaillent dans les Territoires palestiniens, de présenter en leur nom des séquences d’information fournies en intégralité par de simples caméramans de la région, travaillant de manière totalement autonome? Est-ce acceptable? Existe-t-il seulement des relations de confiance quelconques permettant de justifier une telle accusation d’infanticide? Dans quelle mesure l’authenticité de ces informations est-elle contrôlée et contrôlable? Par exemple, le reste du matériel filmé par ce caméraman permet-il de confirmer la thèse de l’infanticide? Et qu’en est-il des séquences tournées ce jour-là par les caméramans des autres agences de presse? France 2 et Enderlin avaient-ils d’autres bonnes raisons de soutenir ainsi ce récit, sans la moindre réserve?

Philippe Karsenty a réuni les travaux de plusieurs personnes et groupes qui ont tenté de faire la lumière sur cette affaire, et a émis les accusations [1] qui lui ont valu l’attaque en justice de France2. Dans les prochains billets, nous allons examiner les éléments sur la base desquels la Cour d’appel de Paris a estimé que Karsenty était de bonne foi et ne pouvait pas être condamné pour avoir qualifié ce reportage de France 2 de «fausse mort», «faux reportage», «mascarade», «supercherie», «pure fiction», «imposture», «faux» et «imposture médiatique».

Autres billets de la série:
1 Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?

Enderlin / Karsenty — le droit de critiquer la presse, à quelles conditions

Sunday, June 8th, 2008

Le mois passé, la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris a débouté Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty, qui avait critiqué les premiers pour les aspects inacceptables du «reportage» selon lequel l’armée israélienne aurait tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000. Karsenty avançait en substance que ce reportage était une supercherie et Enderlin l’attaquait en diffamation. 

Or c’était la première fois qu’un tribunal examinait le fond de l’affaire et exigeait par exemple de France 2 qu’elle produise enfin les séquences qui, selon Enderlin, prouvaient que l’enfant avait bien été tué. Ce jugement (ici sous forme de document pdf) est en fait le tout premier examen sérieux de cette affaire par une instance à la fois indépendante et supérieure.

Pour tenter de donner à ce jugement l’écho qu’il mérite, je vais en présenter les principaux considérants, thème après thème, chacun dans un billet aussi bref que possible. Ceci est le premier de cette série de billets; il est consacré au droit de critiquer. Il nous renseigne sur ce que le tribunal a jugé acceptable en fait de critique et pourquoi.

Voici donc les déclarations de Karsenty attaquées par Enderlin (pages 6-7 du jugement) et que la Cour d’appel de Paris n’a pas jugé judicieux de condamner en l’espèce:

Les critères de Précision, d’Indépendance, de Transparence et de Responsabilité de la méthode PHILTRE ont été violés à de nombreuses reprises par FRANCE 2 par la diffusion de la fausse mort de Mohamed AL DURA le 30 septembre 2000

Au moins deux membres du gouvernement de M. Jean-Pierre RAFFARIN et de nombreux journalistes savent que FRANCE 2 a présenté un faux reportage le 30 septembre 2000. Il serait bien qu’ils se manifestent afin de faire cesser cette mascarade [...]

Nous espérons que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel exigera la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à celle supercherie

Au regard des éléments dont nous disposons, nous affirmons que le correspondant de FRANCE 2 à Jérusalem, Charles ENDERLIN, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000

Voici les incohérences du document de FRANCE 2:
Dès le début du reportage, on s’aperçoit que l’on assiste à une série de scènes jouées [...]. Ce premier épisode est une pure fiction [...]

Charles ENDERLIN en l’occurrence, se trompe et, du même coup, nous trompe. Pourquoi? Cherche-t-il à couvrir son imposture?

Nous vous invitons à découvrir les incohérences du document de FRANCE 2 sur Media-Ratings, ainsi que les réactions de certains médias à celle imposture.

Arlette Chabot a menacé de porter plainte contre toute personne qui accuserait FRANCE 2 d’avoir diffusé un faux ce 30 septembre 2000 [...]

Nous espérons que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel exigera la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à celle supercherie [...]

Espérons que les médias/rançais informeront rapidement leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs de l’imposture médiatique à laquelle s ‘est livrée FRANCE2 depuis plus de quatre ans [...]

Et voici le considérant central fondant la décision de la Cour à cet égard (page 9 du jugement):

Qu’alors que Philippe KARSENTY aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément, de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, partant le droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches, Charles ENDERLIN peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de FRANCE 2 diffus és aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères;

Le tribunal a donc estimé qu’un journaliste doit savoir qu’il s’expose à «un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes» et qu’il ne peut pas se soustraire à la critique (par exemple celle citée ci-dessus) s’il est attaqué en tant que professionnel de l’information, et à plus forte raison si les sujets abordés sont d’intérêt général. Le public a droit à une information sérieuse et des recherches critiques sont dès lors légitimes.

Ceci tout au moins dans la mesure où les critiques sont fondées et émises de bonne foi (lire à ce propos les considérants du milieu de la page 8 au haut de la page 9 du jugement). Dans les prochains billets, je vais tenter de montrer comment Karsenty a pu convaincre la Cour de sa bonne foi et du bien-fondé de ses arguments.

Suite de la série:
2 Enderlin / Karsenty — une déontologie en question 
3 Enderlin / Karsenty — le mystère de l’agonie disparue
4 Enderlin / Karsenty — l’actualité mise en scène?

Islamisme — on rassure à bon marché

Sunday, August 12th, 2007

Ce week-end, des islamistes se sont rassemblés par dizaines de milliers pour scander des Allahou Akbar et appeler de leurs voeux rien moins que la restauration du califat, c’est-à-dire un État rassemblant tous les Musulmans du monde sous l’autorité d’un calife, qui, c’est son rôle, appliquerait la charia.

Selon l’International Herald Tribune, ils étaient plus de 10.000 samedi à Ramallah, en Cisjordanie, où ils ont également qualifié les dirigeants du Fatah d’«infidèles». Et dimanche à Jakarta, ils ont rempli un stade avec 80 à 100.000 personnes, selon les sources (ici Al-Jazira et la BBC):

http://video.google.com/videoplay?docid=-3198082248007028641

Ils avaient également rassemblé plusieurs milliers de personnes à Londres la semaine passée pour soutenir ce même espoir de nouveau califat. De toute évidence, le projet islamiste est porteur, massivement représenté dans la population musulmane et bien organisé. Et tous les journalistes sérieux ont les moyens de le savoir.

Mais la TSR, à l’instar de nombreux médias européens, n’en dit pas un traître mot. À la place, elle consacre ce soir une séquence aux fanfaronnades afghanes de deux politiciens, Pervez Musharraf et Hamid Karzaï, devant 700 personnes, et à un résumé de la situation en Afghanistan qui incite le téléspectateur à penser que les islamistes ne sont que quelques fous qui courent dans la nature.

Le président de la Commission européenne se félicite publiquement de ce que l’Europe soit un «empire»

Thursday, July 12th, 2007

Pour lui, le fait que cet empire soit édifié sans violence le justifie pleinement sous cette forme. Peu après, son porte-parole a prié les journalistes de ne pas insister là-dessus. C’était avant-hier et il semble que les journalistes ou les comités de rédaction aient été dociles. Il faut observer cette vidéo pour bien se rendre à quel point l’homme croit en cette vision de «bon empire».